Février 2015___
Sans doute resterai-je sans nouvelle de toi jusqu'à la fin de mon abominable existence. Même si j'ai la certitude que tu t'en moque éperdument, je voulais te dire que je t'aime. Regarde, je suis guéris, je peux le prononcer, et le ressentir. Si seulement j'avais eu la chance d'être un banal individu, on serait là, à s'aimer.
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Narrateur : Tristan Verne
Novembre 2009___
__ Qu'adviendrait-il de votre existence, si vous n'étiez pas capable d'éprouver la moindre émotion ? Je me permets de supposer qu'elle serait fade et dépourvue d'intérêt. Si vous croyez en dieu, bénissez-le, si vous croyez au destin, agenouillez-vous devant sa générosité. Vous avez eu la possibilité d'aimer, de souffrir. Savez-vous ce que cela représentait à mes yeux ? Je donnerai chère pour sentir une larme perlait sur ma joue. Elle témoignerait de ma peine, et j'aurai la conviction de détenir un c½ur.
J'observais silencieux le paysage qui s'offrait à moi. Bras noué autour de sa taille, un jeune homme susurrait des mots doux à sa compagne, ou maitresse, qu'en savais-je. A ma droite, défilé tour à tour des personnalités très distinctes. Certaines portaient la gaieté sur leur visage, à l'opposé d'autres paraissaient soutenir toute la misère du monde. J'éprouvais le besoin de m'imprégner à cette foule humaine. Détrompez-vous, la solitude ne me pesait pas. Mais j'espérai qu'à force d'auto-persuasion, je deviendrai sociable. Je venais à l'instant de quitter mon bureau, néanmoins mes pensées spéculaient encore sur le taux de croissance annuelle de mon entreprise. Mon cerveau cogitait sans interruption, et cela depuis ma naissance. Mon travail occupait entièrement mes songes, de toute manière ma vie privée n'était que néant. J'accélérai le pas, prompt de retrouver mes somptueux appartements, sans prêter attention au jeune garçonnet devant moi. La bousculade fut violente pour ce-dernier, qui se trouvait projeté au loin. Je perdis la raison quand j'aperçus un vulgaire amas de glace écrasé sur mon pantalon fétiche.
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Sale môme, tu ne peux pas regarder ou tu mets les pieds ! Braillai-je, pointant mon doigt en direction de sa figure aux traits déjà trop disgracieux pour son âge juvénile.
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Pardon m'sieur, j'vous avais pas vu.-
Tu ne m'avais pas vu ! Déguerpis avant de me voir pour de bon, vilain mioche ! -
Monstre ! Hurla-t-il avant de cavaler à enjambée folle au travers de la foule agitée.
Les piétons me fixaient d'un air mauvais. Leurs regards trahissaient l'infinie répulsion qu'ils éprouvaient à mon égard. Serai-je un monstre, une grossière créature sans foi ni loi ? Un être incapable de ressentir un brin de culpabilité émergé de son ignoble conduite. L'éblouissante colère qui me possédait quelques minutes auparavant se dissipait au fur et à mesure que les secondes mouraient. Il m'arrivait souvent de perdre contrôle, envahit par une vague d'énervements que je ne savais gérer. Un comble pour un homme qui passait son temps à tout diriger. Les paroles de l'enfant ne m'affectaient pas, elles résonnaient en moi sans répercutions. La morale exigerait que je fus bouleversé d'avoir été traité de la sorte, mais depuis bien longtemps mon comportement défiait l'éthique. De l'âge enfantin jusqu'à nos jours, je n'avais cessé de mépriser mon entourage, qui me le rendait bien. Mes parents m'aimaient démesurément. Ils m'avaient gâté comme un monarque durant tout mon accroissement et s'étaient coupés en deux pour mon confort. Cependant je n'éprouvais aucune sorte de gratitude envers eux. Mes rares amis s'excédaient bien vite de mes humeurs changeantes. Cyclothymique en plus d'être aigri.
Malgré ces particularités, je ne me considérais guère comme détestable, à vrai dire le seul individu que j'estimais dans ce bas monde n'était autre que moi-même. Narcissique pour couronner le tout. Alors que j'actionnais la poignée de ma résidence, un minuscule papier blanchâtre, découpé d'une façon vulgaire attira mon attention. Mes doigts pressés, entrouvraient la feuille rabattue en quatre. Le pliage ne faisait qu'accroitre son aspect négligé. Dès la première ligne, ma curiosité fit place à une inexplicable frayeur. Son contenu pétrissait mes boyaux, plus les mots s'écoulaient sous mes yeux ahuris.
« Tristan, je te sommes de m'excuser du dérangement, mais tu ne m'en voudras pas, cela fait plus de trois mois que tu n'as pas eu de visites, un court message s'avère réconfortant. Tu ne me connais pas et moi, je sais tout de ta vie passée, actuelle et future. Tu me dois l'intégralité de ta réussite. C'est grâce à mon génie que tu en es là aujourd'hui. Tu n'as aucun mérite. Doutes-tu de mes paroles ? Elles sont pourtant soigneusement choisies, pesées à point. Chacune dit vrai. Je continuerai à laisser des lettres parsemées dans ton environnement. Je te dois la vérité, elle n'est pas bonne à entendre, mais tu dois savoir. »
Encore un aliéné, pensai-je pour calmer l'inquiétude qui vibrait sans trêve dans mon estomac. Mais à l'évidant, mes poumons s'affolaient dans ma cage thoracique, leurs ricochets endiablés percutaient mon solide buste et mes mains tremblaient d'une force herculéenne. Mes doux apaisements n'y changeaient rien. J'écarquillais les yeux quand je compris : j'étais angoissé. Ce bout d'écrit était parvenu à m'implanter une sensation inconnue. Je pénétrai dans mon salon, aussi muet qu'un tombeau. Les lumières teintées de coloris orangés ne m'apaisaient pas. Je montais à toute vitesse les escaliers menant à ma chambre, refermais la porte et m'y adossais. Mes doigts s'affaissaient à déboutonner ma chemise, et d'un geste empressé, la balançaient au hasard dans la pièce. Le silence était habituellement un délice qui m'enchantait, et dont j'estimais les jouvences comparable à du luxe. Mais à cet instant, il me semblait pesant. Je regardai le paysage, les tableaux de maitres accrochés aux murs, les meubles aux bordures embellis d'or pur, les hauts lustres en cristaux, les cadres à mon effigie ainsi que les autres bricoles hors de prix qui se trouvaient dans mon champs de vision. Tout me paraissait froid et austère. Plus jamais je ne m'aventurerai à lire les mots de ce fou.